La Novlangue de 1984 – enfin ! – enseignée à l’université. - Libéraphion
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La Novlangue de 1984 – enfin ! – enseignée à l’université.

La langue inventée par George Orwell dans son œuvre visionnaire sera proposée aux étudiants en sciences politiques à partir de la rentrée de 2019. Enquête et témoignages.

C’est aujourd’hui le langage construit ou issu de fiction le plus parlé en France. Au même titre que le klingon ou le dothraki, dont les locuteurs se rencontrent lors des geek conventions de l’Hexagone, la Novlangue est articulée sans peine par une communauté de fans, mais surtout à des fins professionnelles. En effet, là où l’espéranto est baragouiné par des bobos universalistes en sandales, la Novlangue est chuchotée des couloirs de l’Elysée jusque dans la plupart des journaux et médias télévisés, en passant par l’éducation nationale et les directions Com’ des grandes entreprises du CAC 40. La pénétration culturelle de l’invention d’Orwell est sans comparaison avec ses concurrents linguistiques : malgré les succès de Star Trek et de Games of Thrones, il reste en effet difficile, dans la sphère privée comme professionnelle, de s’essayer à quelques injures en dothraki, ou à une argumentation en klingon.

Au niveau linguistique, la traduction en français de la langue d’Orwell a quelque peu dérivé. D’une simplification lexicale et syntaxique empêchant la pensée d’idées subversives, on est revenu à une complexification néologique remarquable au cours des dernières dizaines d’année, visant à dissimuler le réel et sa brutalité excluante.

Elle était, de fait, déjà enseignée dans certains établissements à la pointe sous forme de modules d’initiation, notamment à Sciences Po ou à l’ENA. Mais la Novlangue connaît à présent un sacre sans précédent. « Il s’agira de connaître les principes de base, pour que des étudiants appelés à exercer des fonctions de représentations dans diverses entreprises et institutions soient capables de s’exprimer face à la masse, et de la manipuler en vue du Bien Suprême », résume la responsable de l’intégration de la Novlangue au sein du Ministère de l’Enseignement Supérieur.

Cette annonce a suscité un engouement positif de la part de tous les médias. L’ancien ministre de l’Education Nationale et de la Culture, Jack Lang, consulté par notre correspondant, s’est pris à rêver, emphatique :« Qui sait si, demain, la Novlangue ne réussira pas là où l’espéranto a échoué il y a un siècle, à savoir unir grammaticalement les nations dans une mondialisation heureuse et humaniste autour d’un langage commun, bannissant lexicalement le racisme, dissimulant les injustices sous des syntaxes poétiques et techniques, conjuguant les peuples et leurs langues dans une orthographe pure interdisant la haine ! »

Pour le meilleur des mondes possibles…